Au parc Pie XII

Au parc Pie XII - Nikita Richards

J’aime, après le souper, aller me promener au parc Pie XII. Je savoure, du kiosque, la vue sur l’île, l’environnement, les arbres, et de parterres de fleurs. Le matin de ce jour-là, j’avais assisté à une formation injection botox. Mon amie m’avait conseillée cette séance, soi-disant intéressante, pour voir exactement comment cela se passe. Il faut dire qu’elle pratique elle-même, ce genre d’intervention. Elle m’a donc confié qu’en cas de besoin, je pouvais compter sur elle. Je l’ai regardée, l’air inquiet :

- Crois-tu que j’en ai besoin ?

- Non, bien sûr, à ton âge il n’y a pas encore d’urgence, mais plus tard, on ne sait jamais.

Ah ! C’est bien ça, les amies, pour vous filer des complexes, elles ne se gênent pas.

Je me suis donc assise sur un banc, et me suis plongée dans la lecture d’un bon roman. Bercée par les cris des enfants, je me suis assoupie, lâchant le livre. Au milieu d’un rêve dans lequel une bande de seringues dansaient la gigue, je fus réveillée par un garçon qui me secouait le bras :

- Madame, votre livre est tombé. Attendez, je te le ramasse. Il ne faut pas qu’il traîne par terre.

Je souris à ce charmant petit bonhomme, en le remerciant, et je lui ai demandé :

- Tu vas à l’école ?

- Oui, on est venu se promener avec la maîtresse.

- Et comment s’appelle-t-elle ta maîtresse ?

- Monique. Mais elle est beaucoup moins belle que toi.

- Ne dis pas ça, je suis sûre que c’est faux. Et puis, même si elle n’a pas un joli visage, elle doit être très gentille et ça, ça compte beaucoup plus.

L’enfant a scruté longuement mon visage, avant de dire en clignant des yeux :

- Toi, tu es vraiment plus jolie.

Allons ! Voilà que j’étais tombée sur un p’tit gars, subitement épris de moi. Je devais lui changer les idées.

- Et ta maman, elle s’appelle comment ?

- Elle est vilaine ma maman.

Je suis restée muette. Comment réagir à cette remarque déroutante ?

- Tu veux m’en parler ?

À cet instant, une voix féminine appela :

- Cédric, reviens ici !

Je levais les yeux, et aperçus une jeune femme, la main en visière sur son front regardant dans notre direction. Le garçon me gratifia d’un « Au revoir madame », et courut vers elle.

J’ai fait un signe à la femme et me suis levée pour la rejoindre. Elle n’était absolument pas laide, au contraire. Je lui dis :

- Bonjour, puis-je vous parler un instant ?

- À propos de Cédric ? Je crois savoir ce qu’il vous a dit. Mais ne vous inquiétez pas, il y a une très bonne relation entre sa mère et lui. Son problème, c’est qu’il est autiste.

Je regardais l’institutrice, les yeux écarquillés. Elle poursuivit :

- Il fait une fixation. Il semblerait qu’il ait le désir que toutes les femmes soient sa mère, ainsi lorsqu’il est en présence de l’une d’entre elles, il dénigre systématiquement les autres pour valoriser celle-ci. Si je ne l’avais pas appelé, il vous aurait priée de l’emmener avec lui. Ne craignez rien, dans quelques minutes, il vous aura oubliée. Mais je dois le surveiller, il serait capable de me fausser compagnie avec n’importe qui.

J’eus envie de lui dire que je n’étais pas n’importe qui, mais ça nous aurait entraînées dans une conversation interminable. Pourtant, que le p’tit bonhomme m’ait bientôt oubliée me pinça le cœur.

Bah ! Ainsi va la vie...